Diplômés en médecine canadiens non jumelés – Les victimes d’un système déficient

2017-06-08

Durant mes études de médecine, il y a de cela une génération, je me souviens d’avoir décidé de devenir psychiatre en deuxième année, puis médecin de famille en troisième année. Ce n’est que durant le dernier stage de ma quatrième année que j’ai compris que ma véritable passion était la pédiatrie. J’ai alors commencé mon internat par rotation…

De nos jours, les étudiants se sentent obligés de choisir une carrière dès leur première année de médecine. Fébriles, ils planifient leur stratégie de jumelage en se fondant sur des ouï-dire quant à ce qu’ils doivent faire pour intégrer la médecine familiale ou la neurochirurgie.  Je trouve inconcevable que nos meilleurs éléments qui consacrent de nombreuses années à se préparer à postuler dans une discipline donnée aient de plus en plus de mal à parvenir à intégrer cette discipline, voire à réussir à obtenir un quelconque jumelage.

Comment est-ce possible qu’en 2009, on répertoriait pour l’ensemble du pays 11 diplômés en médecine canadiens non jumelés et que huit ans plus tard, nous soyons rendus à 68? Et n’oublions pas d’ajouter à cela les 46 diplômés canadiens non jumelés de l’année précédente. Comment se fait-il que les étudiants doutent de leur capacité de jumelage à un point tel que cette année, ils ont ressenti le besoin de postuler en moyenne à près de 19 programmes de résidence?

Nous savons que le système est complexe. C’est au gouvernement de chaque province que revient la décision finale concernant les postes de résidence et ces gouvernements font l’objet de pressions énormes pour améliorer le système de santé dans leur juridiction, réduire les coûts et améliorer les soins. Chacun d’eux a une approche différente à l’égard des diplômés internationaux en médecine et du choix du nombre de postes de résidents pour les diplômés en médecine canadiens. Cette situation a mené à faire passer le taux global de postes prédoctoraux à postdoctoraux de 1,12 en 2009 à 1,026 en 2017. Ajoutez à cela le fait que 64 postes dont la plupart sont au Québec, en médecine familiale et qualifiés de francophones, n’ont toujours pas été comblés après le deuxième tour. Cela montre bien que les taux globaux ne révèlent pas tout.

J’aurais pu me retrouver dans cette situation. Ces diplômés en médecine canadiens non jumelés ne diffèrent en rien de moi à la même étape. Ils sont les victimes d’un système qui peine à répondre à leurs besoins. L’incidence de cette situation sur ces diplômés est considérable : ces êtres intelligents et très performants se sentent incompétents par rapport à leurs pairs. Plusieurs ont développé de graves problèmes de santé et un de nos jeunes collègues a perdu la vie, en grande partie en raison du calvaire qu’il a vécu avec le jumelage. Cette situation ne devrait pas exister. Nous ne devrions pas les traiter différemment car nous avons tous connu des difficultés à un moment ou à un autre de notre carrière et nous devons l’admettre.

Nous devons mettre en place un système qui nous permet de venir en aide à ces diplômés en difficulté à ce moment précis. Nos structures universitaires doivent permettre aux bureaux des Affaires étudiantes, aux bureaux d’éducation médicale prédoctorale et postdoctorale, de prêter main forte aux étudiants non jumelés et de les prioriser pour les expériences relatives aux stages optionnels. Nous devons jouir de la souplesse nécessaire pour mieux les intégrer afin d’assurer leur succès pour le prochain jumelage.

L’AFMC a clairement communiqué son désarroi face au nombre croissant de diplômés en médecine canadiens non jumelés. Le processus de jumelage actuel ne répond plus aux besoins des diplômés en médecine canadiens. Nous collaborons avec les organisations d’apprenants et l’ensemble du milieu de l’éducation médicale pour analyser de façon urgente et détaillée les causes fondamentales de ce problème en vue de déterminer de futures étapes concrètes et réalisables en vue de renverser immédiatement la vapeur.

L’AFMC s’engage à faire tout en son pouvoir pour résoudre le problème. Nous devons veiller à ce que nos meilleurs éléments, nos diplômés en médecine, soient servis par un système qui les aide à connaître une fructueuse carrière, leur permettant ainsi de travailler à offrir les meilleurs soins de santé à tous les Canadiens.

Devant vous, je fais le serment de poursuivre mes efforts tant que l’AFMC n’aura pas atteint cet objectif. 

Geneviève Moineau