Discours de la présidente de l’AFMC 2018 : NOTRE PASSÉ, NOTRE PRÉSENT ET NOTRE AVENIR

2018-05-06

Le discours qui suit a été prononcé  lors de la Cérémonie du discours de la présidente et de remise des prix de l’AFMC le 29 avril 2018 dans le cadre de l’édition 2018 de la Conférence canadienne sur l’éducation médicale au Centre des congrès d’Halifax.

Quel chemin nous avons parcouru!

Comme vous le savez peut-être, l'AFMC célèbre son 75e anniversaire cette année. En fait, il y a 75 ans, le Dr Alvin Mathers, doyen de la Faculté de médecine de l'Université du Manitoba, invitait ses collègues qui provenaient alors d'une poignée de facultés de médecine de l’ensemble du Canada, à le rencontrer à Ottawa en 1943.  Cette réunion des grands esprits visait à discuter des questions liées à l'éducation médicale. Ils se rencontraient en réalité pour discuter de la demande présentée par le gouvernement canadien aux facultés de médecine du pays de doubler le nombre de diplômés en médecine afin de répondre aux besoins en temps de guerre.

Les exigences de l'après-guerre à l'égard des facultés attirèrent l'attention sur la nécessité d'une planification et d'une action à l'échelle nationale. Un processus d'échange d'information entre les facultés fut inauguré et l'Association des facultés de médecine du Canada, qui portait à l’époque en anglais le nom d’Association of Canadian Medical Colleges (ACMC), vit le jour, devenant le répertoire des données sur les étudiants, les résidents, le corps professoral et le personnel de santé. Lors de la réunion du Conseil d'administration d'hier, nous avons confirmé la vision de l'AFMC en matière de données qui nous permettra de mieux soutenir, informer et défendre nos facultés et notre communauté médicale universitaire alors que nous nous efforçons d'exercer une plus grande influence sur les décideurs et les bailleurs de fonds.

J'ai du mal à croire que c'est la cinquième fois que j'ai le privilège de m'adresser à vous en tant que présidente-directrice générale. En cette cinquième année, j'ai profité de l'occasion pour effectuer une tournée pancanadienne et visiter nos facultés de médecine. J'ai rencontré nos doyens, leur équipe de direction, ceux qui travaillent avec les données de l'AFMC et le Portail des étudiants et surtout les apprenants, y compris les étudiants en médecine, les résidents et les étudiants diplômés.

J’ai constaté à quel point nos réseaux universitaires en sciences de la santé étaient extraordinairement dynamiques et de plus en plus complexes. On demande aux cliniciens et aux chercheurs de travailler dans un milieu où ils sont plus étroitement surveillés, où les rapports financiers sont devenus presque absurdes et où le degré de responsabilité de chacun ne cesse d’augmenter, où on assiste à la mise en œuvre de dossiers médicaux électroniques pour les cliniciens (eh oui, j'ai moi-même dû adopter cette année le système d’information EPIC dans mon domaine clinique en médecine d'urgence pédiatrique au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario à Ottawa), et où, pour bénéficier de privilèges hospitaliers, nous devons devenir des as de la haute-voltige.

Malgré tout cela, nos chercheurs continuent de faire les plus incroyables découvertes et d'identifier des façons novatrices de traduire ces connaissances en soins améliorés pour les patients et nos éducateurs continuent de transformer les programmes d'études et les expériences d'apprentissage pour répondre au mandat de responsabilité sociale de nos facultés.  Encore une fois, je suis éblouie par toutes ces personnes qui font de tout cela une réalité quotidienne.

Pourtant, nous avons encore beaucoup à faire

Le problème, c'est que ces personnes, ces êtres brillants et dévoués, et j'inclus ici non seulement les cliniciens, les chercheurs, le personnel administratif, mais aussi les apprenants, toutes ces personnes sont épuisées, stressées et au bout du rouleau. Durant cette conférence, nous avons entendu et entendrons parler davantage des effets dévastateurs qu’ont sur nous tous ces milieux de travail difficiles, situations qui nous amènent à ne pas toujours donner le meilleur de nous-même, ce qui peut se traduire parfois par un « comportement peu souhaitable », voire parfois, carrément mauvais. Le pire, c'est que nous savons que tout cela a un impact négatif direct sur les soins aux patients et la sécurité de ces derniers.

En tant que chefs de file de nos réseaux universitaires en sciences de la santé, c'est notre rôle et notre responsabilité de régler ce problème. Comment? Eh bien, comme on nous demande de le faire lorsqu'il y a des problèmes en plein vol, nous devons d'abord mettre notre propre masque à oxygène puis aider les autres autour de nous à faire de même. Nous devons commencer par nos professeurs.  Lorsque les chercheurs et les cliniciens sont confrontés à des défis, nous devons les aider. Lorsqu'ils ont manifesté des comportements inacceptables, nous devons découvrir pourquoi et les soutenir à travers toutes les questions connexes, y compris la toxicomanie et la maladie mentale. 

Nous devons créer une culture où il est acceptable d'aborder ces questions et d'appuyer le corps professoral vers la voie du mieux-être. Nous devons créer, comme l'a dit Sidney Dekker, une culture juste, fondée sur la confiance, l'apprentissage et l'obligation de rendre compte, en faisant ce qui doit être fait pour réparer, guérir et prévenir, et ce, en respectant toutes les parties prenantes.

Tout le monde doit faire preuve de respect et s'attendre à être respecté; c’est aussi clair que cela. En de rares occasions, certains individus sont incapables de respecter ce principe simple et, dans les cas où leur comportement n'est pas lié à des problèmes de santé, ces individus doivent être retirés de notre environnement. Cela demande du courage, mais il faut le faire. Pour citer Maya Angelou : « J'ai appris que les gens oublieront ce que vous avez dit ou ce que vous avez fait, mais ils n'oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir ».

Au cours d'un récent épisode de White Coat Black Art sur le mouvement #metooinmedicineCanada, Brian Goldman a interviewé une étudiante en médecine qui a parlé d'une agression sexuelle dévastatrice que lui a fait subir un précepteur clinique masculin. Il est rassurant de l'entendre dire qu'elle estime que la faculté de médecine a agi rapidement et de manière décisive en ce qui concerne tout contact ultérieur avec les étudiants. Cependant, lorsqu'elle traitait avec les autorités et le système juridique, elle se sentait complètement dépassée et ne considérait pas avoir été bien informée ou appuyée. Nous devons faire mieux dans ce domaine.

Il est également de notre responsabilité de créer des milieux de travail et d'apprentissage positifs où toutes les voix sont entendues. Nous devons permettre, faciliter et récompenser le mentorat en reconnaissant que les besoins des gens peuvent différer. Nous devons cultiver un accent renouvelé sur la compassion et les soins non seulement pour nos patients, mais aussi pour notre personnel et nos apprenants. Si nos milieux cliniques sont axés sur ce qu'il y a de mieux pour le patient, cela envoie un message clair à tous les apprenants sur ce à quoi doivent ressembler les soins de santé. Je sais bien qu’il y a dans nos facultés des exemples d’excellence qui reflètent déjà cette réalité, mais comment faire pour que ceux-ci deviennent la norme? Dans un tel milieu, nous serons encouragés à nous traiter mutuellement comme des fournisseurs de soins, comme des enseignants, comme des chercheurs, avec le respect que nous méritons tous. Vous pouvez tous faire partie de la solution.  Comme nous l'a appris le dalaï-lama, « si vous pensez que vous êtes trop petit pour faire une différence, essayez de dormir avec un moustique ».

Le soutien que nous prodiguons à nos apprenants doit s'étendre non seulement à l'offre d'un excellent programme d'études, d'expériences cliniques et d'un environnement d'apprentissage, mais aussi aux appuis que nous leur apportons dans leurs choix de carrière. Comme nous le savons, nos étudiants en médecine passent plus de temps à s'inquiéter de la façon dont ils seront jumelés à un programme de résidence qu'à peu près n'importe quoi d'autre pendant les études de médecine. Il n'en était pas ainsi avant et il ne devrait pas en être ainsi maintenant. Cependant, avec 169 diplômés non jumelés des facultés de médecine canadiennes, ce qui comprend 115 diplômés de l'année en cours et 54 diplômés de l'année précédente, qui peut leur en vouloir. Je salue le travail de nos bureaux des Études prédoctorales et des Affaires étudiantes qui ont accompli un travail titanesque en offrant des services d'orientation professionnelle et de soutien à ces étudiants et diplômés.

Nous devons repenser la structure de la dernière année et la façon dont nous encadrons les occasions de faire l'expérience des diverses disciplines d'entrée. Il n’est pas raisonnable de s’attendre à ce qu’un étudiant passe plusieurs mois dans une discipline d’entrée afin de paraître suffisamment concurrentiel pour se jumeler dans cette discipline. La dernière année du programme n’a jamais été conçue pour cela. En revanche, nous devons repenser ces disciplines d'entrée. Est-il vraiment logique pour un étudiant en première année de médecine d'avoir à considérer une liste de 30 voies d'entrée différentes pour accéder à la résidence? Nous devons considérer cette question du point de vue de la responsabilité sociale. C’est précisément pour cela que nous devons travailler avec les parties prenantes, y compris le gouvernement, pour répondre aux besoins de la société et faire en sorte que nos étudiants accèdent à un système d'éducation médicale postdoctorale qui leur permettra d'entrer sur le marché du travail. 

Nous avons été très heureux de l'annonce faite plus tôt ce mois-ci par l'Ontario de financer jusqu'à 53 postes dans certaines spécialités généralistes en fonction des besoins de la société et des Forces armées canadiennes qui cherchent à enrôler et à former des diplômés en médecine familiale. Nous avons hâte d'entendre parler de solutions dans d'autres juridictions à travers le pays. Il est maintenant temps de travailler avec toutes les parties prenantes pour faire face à la crise en cours afin d'avoir un impact significatif sur le jumelage de 2019. 

Façonner l’avenir

Pour célébrer son 75e anniversaire, l'AFMC a commandé la création d’un livret commémoratif qui se veut un recueil de réflexions sur le passé et de pensées sur l'avenir des plus grands chefs de file de la médecine universitaire canadienne. Au moment où je vous parle, le livret électronique aura été affiché sur notre site Web et envoyé à notre liste de distribution. J'aimerais profiter de cette occasion pour remercier les auteurs pour leurs contributions exceptionnelles. 

Dans le contexte de la réunion automnale de son Conseil d’administration, l'AFMC tiendra un symposium sur l'avenir de la médecine universitaire au Canada : les 75 prochaines années. Des conférenciers nous mettront au défi de réfléchir à ce à quoi ressembleront les soins de santé, la recherche en santé et l'éducation médicale dans 75 ans, afin que nous puissions commencer à façonner cet avenir. Cette démarche aidera à éclairer la prochaine phase de réflexion stratégique de l'AFMC.

Imaginez l’avenir : un système de soins de santé au Canada (vous remarquerez que je n'ai pas dit 14 systèmes) qui offre des soins personnalisés axés sur le patient dans un contexte appuyé par l'intelligence artificielle et la technologie. Il s'agira d'un système de soins de santé d'apprentissage tel que défini par l'Institute of Medicine en 2015, dans lequel la science, l'informatique, les incitatifs et la culture sont harmonisés pour l'amélioration continue et l'innovation, avec les meilleures pratiques intégrées de façon transparente dans le processus de prestation et les nouvelles connaissances saisies comme sous-produit intégral de l'expérience de prestation. Ce système sera dirigé par des fournisseurs de soins de santé curieux, polyvalents, compatissants, coopératifs et diversifiés, axés sur l'excellence en matière de santé et de soins pour les populations qu'ils desservent.